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 Interview de Bernard Montaud

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Régis
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Régis


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MessageSujet: Interview de Bernard Montaud   Interview de Bernard Montaud Icon_minitimeDim 6 Nov - 10:11

Bernard Montaud
auteur du livre "Bénie soit la crise de l'Occident"
Interviewé par Jacques Durand

Diplômé de l’Ecole de Kinésithérapie de Lyon en 1973, Bernard Montaud fonde en 1983 la Psychanalyse Corporelle - basée sur la mémoire du corps - qui le conduit à re-comprendre l’intériorité humaine et à créer la Psychologie Nucléaire. Sa rencontre avec Gitta Mallasz l’incite à écrire son expérience. Il fonde puis donne à ses plus proches collaborateurs l’association Art’As, une Ecole de la vie intérieure basée sur l’étude et la pratique de la Psychologie


SL. Vous avez fondé l’Ecole Art’As il y a 25 ans. Pourriez-vous évoquer rapidement les points fondamentaux de votre pédagogie de l’homme conscient ?

B.M. Après avoir passé des années et divers épisodes de ma vie spirituelle à essayer de me parfaire pour devenir parfait, la grande découverte que je fais en rencontrant Gitta Mallasz, c’est que nous sommes définitivement imparfaits, et que notre choix n’est pas entre le parfait et l’imparfait, mais entre l’imparfait heureux et le parfait malheureux. C’est à partir de là que tout a basculé, et c’est l’enseignement que j’ai alors retransmis dans le cadre notre Ecole : ne cherchons pas à devenir parfaits, mais imparfaits heureux. Par où cela passe-t-il ? Il faut d’abord découvrir et rencontrer son imperfection. Ensuite apprendre à aimer cette imperfection. Alors, lorsqu’on aime cette imperfection, une certaine perfection apparaît.

- S.L. Tout est donc dans le fait de l’acceptation ?

B.M. Dans toute voie spirituelle, l’exercice de base de la pratique régulière - que ce soit dans le zen, l’aïkido, la méditation, l’assise immobile - est une rencontre avec un miroir dans lequel on aimerait tellement se voir beau. Et généralement le miroir répond : « Regarde comme tu es laid ! » Et chaque semaine, cette pratique nous demande de nous accommoder de cette imperfection, de cette laideur, de cette infirmité personnelle. Ce n’est pas une acceptation, c’est une longue conquête amoureuse de notre petitesse. On ne peut pas simplement dire « j’accepte ma petitesse », il faut la rencontrer, être bouleversé par elle, avoir de la compassion pour sa propre misère. Il se produit une véritable alchimie à l’intérieur de nous-mêmes quand, devenus aimants de notre petitesse, nous pouvons croire en notre grandeur.

- S.L. Est-ce une forme d’humilité ?

B.M. C’est un long apprentissage, de vivre avec son infirmité personnelle. Quand on y croit elle nous rabaisse, quand on l’aime elle nous élève. C’est la différence entre croire et aimer. Je ne crois pas au miracle - dans mon propre itinéraire spirituel je n’ai jamais fait d’exploits remarquables - mais je crois à toutes ces petites conquêtes qui nous font passer, en toutes circonstances, de l’homme au poing fermé à l’homme à la main ouverte.

- S.L. Même face à un ennemi ?

B.M. Il faut s’entraîner pas à pas à ouvrir ses poings fermés, d’abord avec la voisine, avec le commerçant du coin, et ensuite aller dans des zones plus complexes avec sa famille, ses parents, puis avec son pire ennemi ! Il vaut mieux commencer par le plus simple.

- S.L. Dans votre pédagogie de l’homme conscient il y a un volet sur l’art des responsabilités. Pourquoi c’est un art ?

B.M. L’art des responsabilités est une des matières de la scolarité spirituelle. Nous avons appris au cours de nos études à nous former pour réussir au-dehors, réussir dans la société. Eh bien, il en va de même pour notre vie intérieure : il nous faut apprendre à réussir au-dedans. Et les temps qui viennent démontreront d’ailleurs la nécessité de cette nouvelle scolarité. Alors, dans cette société où nous cherchons toujours la responsabilité chez l’autre, l’art des responsabilités nous apprend que nous sommes en réalité responsables à 100% de tout ce qui nous arrive. L’art des responsabilités, c’est plutôt qu’accuser l’autre dès que quelque chose nous indispose, voir au contraire notre propre responsabilité à 100% dans ce qui nous indispose. Mais aussi, l’art des responsabilités, c’est faire au mieux ce que l’on a à faire, et s’en sentir profondément responsable. Et dans notre école, chaque membre l’expérimente dans une responsabilité particulière.

- S.L. Sommes-nous vraiment responsables à 100% de tout ce qui nous arrive ? Car parfois c’est violent, comme un accident par exemple !

B.M. Nous sommes responsables ! Je crois que c’est une impasse d’accuser l’autre, la société, le monde, car alors nous ne pouvons pas trouver de solutions. Même si l’accident est fortuit, il nous parle, à nous-mêmes. Non pas dans le sens « c’est dégueulasse tout ce qui m’arrive ! », mais pour nous mettre devant la question : « Qu’est-ce que je vais en faire, de cet événement, pour ma vie ? » C’est en cela que nous sommes responsables de ce qui nous arrive. De même, nous avons les hôpitaux, la télévision, les dirigeants politiques que nous méritons. Il est trop facile d’accuser l’extérieur. Allons à l’essentiel, et la télévision nous intéressera moins. Soyons plus humains avec les vieillards, les malades. Nous sommes le résultat de la somme de notre déshumanisation, et c’est nous qui produisons la société. De cela, chacun est responsable.

- S.L. La solidarité est enseignée dans votre Ecole, et je trouve cela formidable. Pouvez-vous nous parler de ce Réseau d’Initiatives Solidaires qui se met en place ?

B.M. Il nous faut d’abord voir l’évidence que dans le monde occidental nous sommes des nantis. Les pensées écologiques et humanitaires sont des pensées primordiales, et on ne peut dissocier spiritualité, humanitaire et écologie. Aujourd’hui nous avons une écologie sans spiritualité, c’est un moindre mal. Nous avons aussi un humanitaire sans spiritualité, et c’est mieux que rien. Dans les temps à venir, il sera important de les réunir, et cela appartiendra aux élèves de n’importe quelle voie spirituelle de combiner ces trois axes de travail. Si l’être spirituel n’est pas plus juste, s’il ne partage pas, à quoi sert-il ? Si nous voulons qu’une écologie vraie - et non pas militante - se mette en place, eh bien cette écologie spirituelle et humanitaire devra commencer dans les écoles.
Avoir des attitudes plus justes avec l’eau, l’électricité, apprendre les gestes de partage avec ceux qui ont moins que nous va devenir essentiel. C’est pour cela que nous participons, dans notre école, à deux actions humanitaires et même écologiques, tant une vie de partage doit s’inscrire dans notre vie quotidienne. Nous participons ainsi à l’association Réflexe Partage, qui collecte les « trop » et les expédie à ceux qui n’ont rien. Grâce à l’envoi de containers, cette association équipe des hôpitaux, des orphelinats, des écoles, notamment au Mali et en Mongolie.

Le R.I.S. (Réseaux d’Initiatives Solidaires) est tout récent. A l’intérieur de notre vie spirituelle, nous avons été devant l’évidence qu’il nous fallait - en plus des soirées de pratique de l’assise immobile - créer ce Réseau d’Initiatives Solidaires. C’est ainsi que, prenant appui sur notre implantation dans une soixantaine de villes en France, Suisse et Belgique, des réseaux locaux sont en train de se développer dans ce monde en crise et en mutation. Ces réseaux locaux permettent l’apprentissage de nouveaux comportements plus justes envers l’environnement et les biens matériels. Prenons pour simple exemple tous ces appareils que nous utilisons une, deux fois par an, style crêpière, gaufrier, service à fondue, etc. Et si nous mettions à disposition de notre groupe d’amis ces ustensiles, pour que chacun puisse faire des soirées festives autour d’un bon repas convivial ? L’idée de base, c’est en fait la mise en commun d’objets et d’appareils qui dorment chez nous.

Nous allons vers une société où un certain nombre de biens matériels ne devront plus forcément être à nous de façon individuelle, mais de façon collective. Nous n’y perdrons rien du point de vue de l’objet, et nous y gagnerons la rencontre avec d’autres êtres humains, grâce au partage.

Nous avons mis en place depuis un an cette démarche de formation au R.I.S., pour associer vie spirituelle et écologie. Ainsi, certains cultivent des jardins potagers ensemble, ce qui offre en plus un échange de savoir faire sur le jardinage, et l’outillage est mis en commun. Peut-être que prochainement des véhicules seront achetés à plusieurs. Et pourquoi pas faire l’achat en commun d’une résidence secondaire par groupes d’amis ? La plupart de ces résidences sont occupées un mois dans l’année, quel gâchis ! En fait, il s’agit de revoir nos modes de fonctionnement. Et si ne pas avoir tout à soi et partager nous faisait gagner une communauté d’amitié avec d’autres êtres ? Le R.I.S., c’est cela ! Apprenons à partager pour y gagner ensemble, sinon un jour nous aurons le sentiment de tout perdre.

- S.L. Nous arrivons à un point dans la société où on a l’impression que l’ensemble peut imploser à tout moment. Pour votre part, quelle est votre vision du futur ? Quelles seraient les valeurs à cultiver ?

B.M. La crise que nous commençons à vivre est la crise de l’ego. Nous allons passer d’un « Moi je veux avoir » à « Je suis ». Le « Moi j’ai » a besoin d’avoir de plus en plus de choses, et les gadgets que l’on nous propose sont nombreux, et le « Moi » est ainsi fait : plus il a, plus il croit avoir réussi. Le « Moi » base sa réussite sur une quantité d’avoir. Il fonde l’estime de lui-même sur une possession sans fin. Et si, dans le monde occidental, nous continuons à nous gaver, les autres n’auront plus rien. Ce « Moi » est devenu pathologique, et la crise qui à mes yeux demande une mutation est une bonne crise, une nécessité pour l’ensemble de la terre, elle va rééquilibrer le partage des richesses. Car à la table arrivent les Chinois, les Indiens, les Africains. Et ils demandent à manger comme tout le monde. Nous allons sans aucun doute perdre un certain nombre de choses en partageant, mais nous avons deux solutions : soit nous y perdrons pour souffrir, soit nous y perdrons pour l’expérience du partage, pour y gagner l’amitié avec celui ou celle avec qui nous partagerons. Nous allons également vers un réajustement des valeurs fondamentales de nos habitudes de vie. Ainsi, demain, sans aucun doute l’énergie va coûter très cher, un beau jour nous allons nous réveiller avec le gazole à 10 euros le litre, et là, nous allons être face à la valeur de nos déplacements. Et si nous roulons moins vite pour économiser de l’essence, nous allons « perdre » du temps, mais dans ce temps « perdu », nous aurons peut-être plus de temps pour dire « je t ’aime » à notre épouse ou notre époux, à nos enfants, à nos amis. L’amour est une valeur inestimable. Il nous sera réellement proposé de beaucoup y gagner en partageant.

- S.L. Ce Réseau que vous mettez en place, est-il appelé à s’étendre ?

B.M. Le R.I.S. est ouvert à des gens qui n’auraient pas forcément de vie spirituelle mais qui veulent faire l’expérience du partage. Il ne s’agit pas de faire du prosélytisme, mais de s’entraîner à vivre ensemble, et à vivre plus juste. Et si demain nous avons moins - je le redis - c’est pour être mieux avec l’autre. Tout va s’articuler et se jouer sur perdre pour partager, ou sur s’agripper pour souffrir, s’arquebouter pour amasser. Ainsi, quand il sera obligatoire de partager, nous aurons déjà intégré cette valeur essentielle. L’énergie est lancée, laissons les groupes être créatifs pour trouver des solutions, et nous ferons en sorte de centraliser les initiatives afin d’inspirer d’autres groupes.

- S.L. Etes-vous à l’origine de l’initiative des Journées Internationales de la Spiritualité Laïque qui auront lieu à Tours début avril 2009 ?

B.M. Non, je ne suis pas à l’origine de cette initiative, mais il se trouve qu’un ancien collaborateur est co-organisateur de cet évènement, avec d’autres mouvements d’origines spirituelles différentes. La réflexion de ce groupe a été de se dire que, tout comme il y a un festival à Cannes pour le cinéma, il faudrait qu’ait lieu une rencontre annuelle de la spiritualité saine. C’est un autre moyen de dire qu’il existe des mouvements spirituels purs, propres et respectables, et qu’il faut arrêter cette campagne française de dénigrement et de crainte des sectes. Aujourd’hui le spirituel est plus craint que la pornographie qui se répand. Arrêtons ce combat moyenâgeux contre des sorcières qui n’existent pas. Il faut poser un acte en France pour qu’existe un « festival » de la Spiritualité, un Cannes de la Spiritualité, mais... à Tours. Si les politiques ont décidé de combattre les intégrismes et les sectes par la guerre, il y a un moyen pacifique de le faire qui est de présenter le juste pour que le faux apparaisse dans son évidence. Il faut dire aux hommes que dans les temps qui viennent, ils n’ont pas à avoir peur : les temps ne sont pas durs pour ceux qui ouvrent les mains.
— -
- Avec des professionnels de la santé, il met en place en 2001 une formation continue médicale et paramédicale en psychologie nucléaire (FMPN) où sont enseignés la Psychanalyse Corporelle, l’Accompagnement des mourants et la Médecine des Actes. En 2003 il fonde l’association Réflexe-Partage. Cette association a pour but de susciter une autre forme de solidarité, où chacun donne, à sa mesure et sans urgence, ce qu’il a en trop à ceux qui n’ont pas assez. Aujourd’hui, Bernard Montaud se consacre à l’écriture. Il forme aussi des psychanalystes corporels dans le cadre de l’IFPC (Institut Français de Psychanalyse Corporelle). En juillet 2008, en réponse à la crise du monde occidental qui s’annonce, il fonde le R.I.S. : Réseau d’Initiatives Solidaires. Et quinze jours par mois, dans le cadre de l’association Aidles, il répond à 18 heures dans le Centre des Amis de Gitta Mallasz à tous ceux qui ont envie de le rencontrer, à tous ceux qui ont besoin de donner un sens à leur vie. En mars 2009, la liste de ses nombreux ouvrages comportera un nouveau titre important : « Bénie soit la crise de l’Occident - une analyse spirituelle de la crise ».

- Pour en savoir plus sur :
-les rencontres avec Bernard Montaud organisées par l’association Aidles : www.aidles.org
-l’Ecole de la vie intérieure Art’As : www.artas.org
-les ouvrages écrits pas Bernard Montaud : www.editas.fr



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